Non, uEgar n’est pas obligatoire. Mais si vous employez ne serait-ce qu’un salarié, vous allez probablement devoir l’utiliser. Pas à cause d’une loi qui vous y forcerait directement, mais parce que votre service de prévention et de santé au travail, le fameux SPST, a décidé d’en faire son outil principal. uEgar, c’est cette plateforme en ligne que beaucoup d’employeurs découvrent en recevant un mail de convocation pour une visite médicale. Elle promet de simplifier la gestion de la santé au travail. Voyons ce qu’elle fait vraiment, comment elle fonctionne, et si elle tient ses promesses.

Une plateforme pour digitaliser la médecine du travail

uEgar est une plateforme web sécurisée, développée par l’éditeur V Solution, qui connecte les trois acteurs de la santé au travail: les salariés, les employeurs et les professionnels des SPST (médecins du travail, infirmiers, assistants). L’idée est de remplacer les échanges papier, convocations, attestations, fiches d’aptitude, par des documents numériques accessibles à tout moment, dans un espace personnel.

Concrètement, quand votre entreprise adhère à un service de santé au travail interentreprises (SSTI) qui utilise uEgar, vous recevez un code d’accès pour créer votre compte employeur. Le salarié, lui, active son propre compte via un lien reçu par mail. Le médecin du travail se connecte de son côté, avec une interface dédiée. Chacun voit uniquement ce qui le concerne.

L’interface ne cherche pas à être une usine à gaz. La navigation reste assez sobre, organisée par onglets: tableau de bord, visites, documents, prévention. Pour les profils non techniques, la courbe d’apprentissage est courte, une demi-heure suffit pour comprendre les fonctions de base.

Voici une présentation officielle qui donne un aperçu de la logique globale:

Pourquoi vous êtes probablement concerné, même si uEgar n’est pas obligatoire

La confusion vient souvent de là. La loi impose à tout employeur d’adhérer à un service de prévention et de santé au travail et d’organiser des visites médicales pour ses salariés. C’est la médecine du travail qui est obligatoire, pas uEgar. Mais dès lors que le SPST que vous avez choisi (ou qui vous est attribué, selon votre secteur) a standardisé ses processus sur cette plateforme, vous n’avez pas d’alternative: les convocations arrivent par uEgar, les attestations s’y téléchargent, et le suivi individuel s’y consigne.

Refuser d’utiliser uEgar reviendrait à refuser les modalités pratiques de votre SPST. Ce n’est pas illégal, mais c’est intenable: comment justifier auprès de l’inspection du travail que vous n’avez pas donné suite à une convocation parce que vous ne vouliez pas vous créer un compte en ligne? Les rares SPST qui n’ont pas encore migré vers uEgar fonctionnent avec d’autres outils, mais le mouvement de fond est à la digitalisation. Beaucoup de SSTI, comme ceux de l’Ain, du Tarn, ou des Bouches-du-Rhône, communiquent ouvertement sur leur adoption de la plateforme. Vous avez donc de fortes chances de la croiser.

Trois espaces, trois rôles: comment uEgar distribue l’accès

Le cloisonnement est le cœur du système. uEgar divise l’accès en trois portes, avec des droits strictement séparés. C’est le même principe que pour les messageries académiques type Webmail Versailles: chaque profil voit une interface adaptée à ses besoins, sans pouvoir accéder aux données des autres.

Espace salarié. C’est l’interface individuelle. Le salarié y trouve ses convocations aux visites médicales, ses attestations de suivi, ses éventuelles fiches d’aptitude. Il peut aussi renseigner des informations de santé (antécédents, vaccinations) qui ne seront visibles que par le médecin du travail. Aucun employeur n’a accès à cet espace.

Espace employeur. Le tableau de bord de l’entreprise. Il liste l’ensemble des salariés affiliés au SPST, leur statut vis-à-vis des visites (à planifier, en cours, à renouveler), et permet de gérer les convocations, de télécharger les attestations obligatoires, ou encore de remplir les documents de prévention (DUERP, fiche d’entreprise). C’est aussi là que l’employeur peut échanger avec le service de santé, par messagerie interne.

Espace professionnel SPST. L’outil métier du médecin du travail et de son équipe. Il donne accès au dossier médical des salariés (avec leur consentement), permet de planifier les visites, de rédiger les conclusions et de suivre les indicateurs de santé collective. C’est le pendant médical de la plateforme.

Cette architecture à trois compartiments est ce qui justifie le discours marketing sur la « sécurité des données ». En pratique, elle évite les mauvaises surprises: un responsable RH ne peut pas consulter le dossier médical d’un employé, et un salarié ne peut pas modifier les échéances de visite. Chacun reste dans son couloir.

La vidéo ci-dessous détaille cette séparation des espaces:

Gérer les visites médicales sans s’arracher les cheveux

Avant les plateformes comme uEgar, organiser une visite médicale relevait parfois du parcours du combattant. Courriers postaux, relances téléphoniques, justificatifs papier égarés. Le passage au numérique réduit les frictions: l’employeur peut suivre en temps réel les dates de convocation, le salarié reçoit une notification par mail, le médecin alimente le dossier directement.

Quelques fonctions concrètes qui changent le quotidien:

  • Planification des visites. L’interface employeur affiche les échéances réglementaires (visite d’embauche, périodique, de reprise) sous forme de tableau de bord. Les alertes automatiques préviennent quand une échéance approche.
  • Convocation dématérialisée. Le salarié reçoit un mail avec la date, l’heure et le lieu, et peut confirmer sa présence en un clic. Fini le courrier recommandé.
  • Attestations centralisées. Tous les documents sont stockés dans l’espace employeur, téléchargeables à tout moment. En cas de contrôle de l’inspection du travail, vous avez tout sous la main.
  • Suivi individuel. Le médecin renseigne la conclusion de la visite (apte, apte avec restrictions, inapte) directement dans le dossier du salarié. L’employeur est notifié de la décision, sans accéder aux détails médicaux.

La promesse, c’est zéro papier et zéro perte d’information. À condition que tous les acteurs jouent le jeu et se connectent régulièrement, ce qui n’est pas toujours le cas, on y reviendra.

Au-delà de l’administratif: la prévention dynamique avec Apptiv

uEgar ne se contente pas d’être un agenda médical en ligne. Le module « prévention » est censé aider les employeurs à évaluer les risques professionnels et à suivre les actions de prévention. Cette partie, parfois appelée « prévention dynamique », s’appuie sur Apptiv, une application mobile qui permet aux salariés de déclarer eux-mêmes des situations dangereuses ou des presque-accidents.

L’idée est séduisante: au lieu de remplir un document unique d’évaluation des risques (DUERP) une fois par an dans son coin, l’employeur reçoit des remontées en continu, géolocalisées, avec photo si besoin. Le salarié, lui, se sent acteur de sa sécurité. La plateforme agrège ces signalements et aide à prioriser les actions correctives.

Bien sûr, la réussite de ce genre de dispositif dépend de la culture de l’entreprise. Un Apptiv installé sans communication interne ni confiance des équipes sera déserté en trois semaines. Mais sur le principe, c’est un progrès par rapport au classeur Excel planqué dans un tiroir. Et ça donne une vision plus vivante de la santé au travail, au-delà de l’obligation réglementaire.

uEgar dans la poche: les applications mobiles

La dimension mobile est devenue incontournable, et uEgar propose deux applications distinctes. D’un côté, l’application pour l’employeur, qui reprend l’essentiel du tableau de bord: consulter la liste des salariés, voir les prochaines visites, valider des convocations. De l’autre, l’application « My uEgar » destinée aux salariés, qui leur permet de recevoir leurs convocations, de consulter leurs attestations, et d’utiliser Apptiv pour les signalements de prévention.

L’intérêt pour un employeur de PME qui n’est pas toujours devant son PC: gérer les urgences santé au travail depuis un téléphone, entre deux chantiers ou deux rendez-vous. L’application employeur est disponible sur les stores classiques, l’activation se fait avec le même identifiant que la version web. Pas de double saisie.

Pour le salarié, « My uEgar » centralise tout ce qui touche à sa santé au travail sans qu’il ait besoin d’un ordinateur. Reçu un mail de convocation? L’application le notifie. Besoin de retrouver une attestation de visite? Elle est là, dans l’historique.

Reste un point de vigilance: la cohérence entre les versions web et mobile. Certains utilisateurs rapportent des délais d’affichage entre les deux interfaces. Ce n’est pas bloquant, mais cela peut créer de la confusion si un employeur modifie une visite sur le web et que le salarié ne la voit pas mise à jour dans l’application tout de suite.

Ce que l’employeur gagne concrètement

Passer par uEgar, c’est d’abord un gain de temps sur la gestion administrative. Ne plus courir après les dates de visite, ne plus imprimer de convocations, ne plus classer des attestations papier. L’historique des visites est consultable en deux clics, même pour un salarié parti depuis trois ans. Pour un responsable RH ou un chef d’entreprise, ça libère de l’énergie.

Il y a aussi un bénéfice juridique. Le suivi individuel est tracé, horodaté, stocké de manière sécurisée. En cas de litige sur une obligation de visite non respectée, l’employeur peut démontrer qu’il a bien suivi le processus, que les convocations ont été envoyées, que le salarié a été informé. Ce n’est pas une garantie absolue, mais c’est un filet de sécurité qui vaut mieux qu’une pochette cartonnée disparue.

Ensuite, la dimension prévention permet, si elle est utilisée, de construire une politique de santé au travail plus réactive. Les données agrégées (non nominatives) sur les types de risques remontés par les salariés peuvent aider à prioriser des investissements: un éclairage à refaire, un poste à réaménager, un équipement de protection à changer.

La vidéo ci-dessous montre comment un employeur gère ses salariés dans uEgar:

Et pour le salarié, qu’est-ce que ça change?

Le premier bénéfice, c’est la transparence. Le salarié voit ses rendez-vous arriver directement, peut les accepter ou demander un report sans passer par la hiérarchie. Ses attestations sont stockées dans son espace personnel, accessibles même après un changement d’employeur.

Ensuite, le volet prévention. Avec l’application My uEgar, il peut signaler un risque sans avoir à remplir un formulaire complexe ni à craindre de froisser un supérieur. L’anonymat vis-à-vis de l’employeur est préservé: le signalement remonte au SPST, qui le traite et alerte l’entreprise sans divulguer l’identité du salarié.

Enfin, l’accès à son dossier médical de santé au travail est simplifié. Demander une copie de sa fiche d’aptitude ne nécessite plus un courrier recommandé au SPST: tout est téléchargeable dans l’espace personnel. Cela dit, il faut être à l’aise avec les outils numériques. Pour les salariés qui n’ont pas d’adresse mail ou qui ne consultent jamais leurs messages, le recours à l’application peut être un obstacle. Les SPST prévoient en général un canal alternatif (courrier, téléphone), mais la promesse de simplicité a ses limites.

Ce qui coince: limites réelles et points de friction

Une plateforme qui connecte trois mondes, médical, RH et salarié, ne peut pas être parfaitement fluide partout. Plutôt que de lister ce qui fonctionne bien (les brochures le font déjà), regardons ce qui peut poser problème au quotidien.

La dépendance au SPST. Si votre service de santé est lent à traiter les visites ou à mettre à jour les informations, uEgar n’y changera rien. La plateforme est un outil de transmission, pas un accélérateur de décisions médicales. Un employeur qui attend une fiche d’aptitude depuis deux mois ne verra pas la situation se débloquer par magie. L’outil reflète la réactivité de l’organisation qui l’utilise.

La fracture numérique. Tous les salariés ne sont pas à l’aise avec un espace en ligne. Certains secteurs (BTP, agriculture, services à la personne) comptent une proportion non négligeable de personnes peu connectées. L’existence d’alternatives papiers reste indispensable, mais tous les SPST ne les maintiennent pas avec la même énergie. La transition a parfois été imposée sans accompagnement suffisant.

La multiplication des comptes. Un salarié qui travaille pour plusieurs employeurs (intérim, multi-contrats) peut se retrouver avec plusieurs comptes uEgar, un par SPST. Autant d’identifiants, autant d’interfaces à surveiller. La promesse de simplification s’effrite un peu dans ces cas de figure, qui ne sont pas marginaux.

L’effet boîte noire pour l’employeur. L’employeur voit que la visite est planifiée, mais ne sait pas pourquoi elle a été déclenchée ni ce qu’il peut faire pour l’éviter à l’avenir (hors prévention dynamique). Le médecin du travail reste le seul à avoir une vision globale, et la plateforme ne favorise pas particulièrement le dialogue employeur-médecin, au-delà de la messagerie. Cela peut renforcer un sentiment de subir les événements, plutôt que de piloter la santé au travail.

Changer d’outil de gestion n’est jamais anodin. Quand une plateforme comme uEgar s’impose dans le paysage, c’est un peu ce qui s’est passé quand Udriz est devenu Moovbob: les usagers n’ont pas eu le choix, ils ont dû s’adapter. La bascule peut être brutale si elle n’est pas préparée.

Questions fréquentes

uEgar est-il payant?

L’accès à la plateforme est inclus dans l’adhésion au service de santé au travail. Il n’y a pas de surcoût direct pour l’employeur ou le salarié. Le financement repose sur les cotisations versées au SPST, qui incluent désormais ce service numérique dans leur offre.

Peut-on refuser d’utiliser uEgar et demander un suivi papier?

C’est techniquement possible, mais de moins en moins accepté par les SPST. Certains maintiennent un canal courrier pour les salariés sans accès internet, mais l’employeur, lui, a rarement le choix: si le SPST travaille exclusivement via la plateforme, les convocations et attestations n’arrivent que par ce biais.

Si je change d’entreprise, est-ce que je perds mon espace uEgar?

Votre compte salarié reste actif, mais vos données de santé au travail sont conservées par le SPST de votre ancien employeur. Vous conservez votre espace personnel, mais les documents relatifs à vos anciennes visites ne migrent pas automatiquement vers le nouveau SPST. Pensez à les télécharger avant de partir.

uEgar est-il compatible avec tous les logiciels RH?

La plateforme propose des API pour l’interopérabilité, mais l’intégration dépend des briques logicielles de votre entreprise. Les éditeurs de SIRH (système d’information RH) doivent développer les connecteurs. En pratique, peu de PME utilisent ces connexions; elles passent par l’interface web ou mobile classique.

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